Visite de l'atelier
Une longue étagère sur le mur ouest...Une table, une commode, un escabeau, un haut chevalet, un poêle au long tuyau, un divan, quelques chaises, les objets modèles de ses natures mortes, constituent le mobilier restreint de l'univers de Cézanne. Quelques faïences locales, un pot à gingembre et un pot à olives, un vase, un compotier, une assiette, un verre, une bouteille de rhum, trois crânes, un petit "amour" en plâtre attribué à François Duquesnoy sont encore aujourd'hui les fidèles modèles du peintre.
Les objets se pénètrent entre eux...Ils ne cessent pas de vivre...Ils se répandent insensiblement autour d'eux par d'intimes reflets, comme nous par nos regards et par nos paroles..."
Devant son oeuvre, Cézanne explique à Joachim Gasquet:"Ici, tenez, ces cheveux, cette joue, c'est dessiné, c'est habile, là, ces yeux, ce nez, c'est peint... Et dans un bon tableau, comme je le rêve, il y a une unité. Le dessin et la couleur ne sont plus distincts, au fur et à mesure que l'on peint, on dessine; plus la couleur s'harmonise, plus le dessin se précise. Voilà ce que je sais, d'expérience. Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude. Le contraste et les rapports des tons, Voilà le secret du dessin et du modelé."
Ils aiment qu'on fasse leur portrait. Ils sont là comme à vous demander pardon de se décolorer. Leur idée s'exhale avec leurs parfums. Ils viennent à vous dans toutes leurs odeurs, vous parlent des champs qu'ils ont quittés, de la pluie qui les a nourris, des aurores qu'ils épiaient.
En cernant de touches pulpeuses la peau d'une belle pêche, la mélancolie d'une vieille pomme, j'entrevoie dans les reflets qu'elles échangent la même ombre tiède de renoncement, le même amour du soleil, le même souvenir de rosée, une fraîcheur..."
"Avec une Pomme, je veux étonner Paris !" déclare Paul Cézanne avec enthousiasme à Gustave Geffroy. C'est qu'elles viennent de loin les pommes de Cézanne. Elles ont le goût de l'amitié. Elles se souviennent des cours de récréation dans l'enclos du collège Bourbon. Cézanne avait alors 15 ans et venait en aide au jeune Zola, Emile de son prénom, "un souffreteux pensif!... vous savez, de ceux que les gamins détestent... Pour un rien, on le fichait en quarantaine. "Et Cézanne de se souvenir: "même notre amitié vient de là... d'une tripotée que toute la cour, grands et petits, m'administra, parce que moi, je passais outre, je transgressais la défense, je ne pouvais
m'empêcher de lui parler quand même...un chic type... Le lendemain, il m'apporta un gros panier de pommes".